Que fêtons-nous réellement à Lag Baomer ?
Que fêtons-nous réellement à Lag Baomer ?
Lag Baomer est connu comme le jour de la hilloula de Rabbi Chimon bar Yohaï, celui qui révéla au monde les secrets du Zohar. Mais si l’on s’arrête un instant, une question simple se pose :
Que comprenons-nous réellement de cela ?
Pour la grande majorité d’entre nous, ces enseignements restent lointains. Leur profondeur dépasse notre compréhension, leur langage nous échappe. Et pourtant, chaque année, des foules immenses se rassemblent, des feux s’élèvent, une joie intense traverse tout le peuple. Alors, que faisons-nous exactement ? La réponse est peut-être la suivante : Nous ne célébrons pas seulement un enseignement… Nous célébrons une manière de voir. Car spontanément, l’homme perçoit le monde de façon naturelle. Les événements lui apparaissent comme le résultat de causes visibles : politiques, économiques, militaires. Une guerre ? Des intérêts. Un conflit ? Des stratégies. Une victoire ? Une supériorité technique. Tout semble s’expliquer. Et même les esprits les plus brillants restent enfermés dans cette lecture.
Mais Rabbi Chimon bar Yohaï vient révéler une idée bouleversante à travers le Zohar.
Le Zohar nous dévoile l’existence de dimensions spirituelles totalement différentes de la perception habituelle de l’homme. Nous regardons les événements du monde comme des faits simples, naturels, logiques. Nous voyons des décisions humaines, des conflits, des rencontres, des réussites, des échecs. Nous pensons souvent que tout commence ici-bas.
Or, le Zohar enseigne qu’il n’en est rien. Beaucoup d’événements que nous croyons ordinaires trouvent en réalité leur racine dans les hauteurs célestes les plus profondes. Ce qui apparaît ici comme un simple fait n’est souvent que la conséquence visible de processus spirituels bien plus élevés. Lorsque nous ouvrons certains passages du Zohar, nous découvrons un univers qui nous dépasse : des mondes supérieurs, des forces spirituelles, des liens invisibles entre les actes de l’homme et les réalités célestes, entre ce qui se passe en haut et ce qui se révèle en bas.
Autrement dit : le véritable théâtre de l’histoire n’est pas ici-bas. Ce que nous voyons n’est souvent que la dernière étape d’un mouvement commencé ailleurs. La réalité visible n’est pas toute la réalité ; elle n’en est parfois que le reflet. Et c’est précisément cela que Rabbi Chimon bar Yohaï vient dévoiler à Lag Baomer : apprendre à l’homme que derrière l’histoire apparente, derrière les événements quotidiens, existe une profondeur infiniment plus vaste.
Nous connaissons tous l’histoire de la célèbre bataille d’El Alamein, où le général Bernard Montgomery stoppa l’avancée de l’armée allemande commandée par Erwin Rommel. Jusqu’à aujourd’hui, nous pensions que cette victoire s’expliquait par la détermination de l’armée britannique et par le génie militaire d’un grand stratège. Mais il n’en est rien. La véritable bataille ne se déroula pas uniquement dans le désert égyptien. Elle eut lieu ailleurs, dans un autre monde, sur une autre scène.
Laissez-nous vous la raconter.
L’été 1942. Une chaleur pesante couvre Jerusalem, mais ce n’est pas la saison qui oppresse les habitants. C’est la peur. Nous sommes le 30 juin 1942, correspondant au 15 Tamouz 5702, jour anniversaire de la disparition du saint Or Ha’Haïm Hakadoch. Depuis plusieurs semaines, les nouvelles deviennent chaque jour plus inquiétantes. L’armée du général Erwin Rommel, partie de Libye, a traversé la Cyrénaïque, puis foncé jusqu’aux portes de l’Égypte intérieure. Derrière elle, des villes tombées les unes après les autres. Devant elle : Alexandrie, Le Caire… puis, peut-être, la route de la Terre d’Israël. Dans tout le Yichouv D’Erets Israël, chacun comprend ce que cela signifie. Si les Britanniques cèdent, les nazis pourraient atteindre le pays. Les Juifs d’Erets Israël savent déjà ce que subissent leurs frères d’Europe. Une angoisse immense s’empare des familles. La peur est encore plus grande car certains dirigeants arabes de la région ont entretenu des liens étroits avec l’Allemagne nazie et espèrent son arrivée. Dans les rues de Jerusalem, les commerces ferment plus tôt. On parle à voix basse. Tous les regards se tournaient vers l’ouest, là où grondait déjà la guerre. Alors que l’angoisse grandissait de jour en jour, Rabbi Yaakov Landau comprit qu’il n’était plus temps d’attendre. Il se rendit auprès du vénérable Rabbi Yisrael Friedman de Husiatyn, lui exposa la gravité du danger et le supplia de se dresser pour le peuple d’Israël par la force de la prière. Le Rav accepte aussitôt. On fixe un grand rassemblement sur le Mont des oliviers, auprès de la tombe du saint Rabbi ‘Haim ibn Attar, le Or Ha’Haïm Hakadoch. Ce jour-là, des milliers de personnes montent sur la colline : vieillards, femmes, enfants, érudits, simples gens. Tout un peuple venu implorer la délivrance. On ouvre les Téhilim. D’abord quelques voix… puis des centaines… puis des milliers. Les psaumes montent vers le ciel comme un cri immense. Au centre de la foule, Rabbi Yisrael Friedman de Husiatyn demeure plongé dans une concentration profonde. Puis il se lève. Un silence total tombe sur l’assemblée. Le Rav proclame : « לצורר לא תהיה שליטה בארצנו - L’oppresseur n’aura aucun pouvoir sur notre terre. »
Un rabbin présent lui demande : — Comment pouvez-vous en être si certain ? Le Rav répond : « J’ai vu sortir de la tombe du Rabbi ‘Haim ibn Attar des lettres de feu formant le Nom Ineffable. J’ai compris qu’Essav ne pénétrera pas en Erets Israël. Le lendemain, 1er juillet 1942, commence la bataille d’El Alamein, en Égypte. Là, l’armée de Erwin Rommel est stoppée net. Son avance vers l’est est brisée. Quelques mois plus tard, en octobre-novembre 1942, lors de la seconde bataille d’El Alamein, elle est définitivement repoussée. Et longtemps, dans les ruelles de Jerusalem, on se transmit cette phrase du Rav : Essav ne pénétrera pas en Erets Israël.
Et peut-être que ce message n’a jamais été aussi actuel.
Dans notre génération, nous vivons des événements bouleversants, inattendus, parfois historiques. Le monde change rapidement, les tensions se multiplient, et l’homme cherche sans cesse à comprendre ce qui se joue autour de lui. Mais Lag Baomer nous rappelle une vérité essentielle : le véritable théâtre des événements ne se limite pas à la terre. Il se situe aussi dans les sphères supérieures, là où se décident bien des réalités avant d’apparaître ici-bas. Nos comportements, nos prières, nos efforts spirituels, nos bonnes actions ne sont donc jamais insignifiants. Ils possèdent un véritable pouvoir d’influence sur ce qui nous entoure. Lorsque l’homme s’élève, il élève le monde avec lui.
C’est peut-être là l’un des plus grands enseignements de Rabbi Chimon bar Yohaï : nous rappeler que chacun de nos actes, même discret, peut résonner bien au-delà de ce que nos yeux perçoivent.
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