Comment prĂ©parer un bon Dvar Torah pour la table de Chabbat ? đ·đ
Dans cet article, nous allons rĂ©pondre Ă deux grandes questions essentielles đ€
La premiĂšre :
Comment construire un bon Dvar Torah ?
Autrement dit :
- comment choisir une idée simple mais profonde,
- comment formuler une bonne question,
- comment apporter une réponse claire,
- comment utiliser une histoire ou une anecdote,
- comment captiver son public,
- et comment transmettre un message agréable, vivant et marquant.
La deuxiĂšme :
OĂč trouver une bonne idĂ©e de Dvar Torah ?
Nous verrons aussi :
- dans quels livres chercher,
- comment repérer une idée intéressante,
- comment choisir une question qui parle au public,
- comment transformer une idée lue ou entendue en un enseignement personnel,
- et comment Ă©viter de rĂ©pĂ©ter mĂ©caniquement un texte sans lâavoir vraiment compris.
Dans les articles prĂ©cĂ©dents, nous avons vu pourquoi lâĂ©tude de la Torah est essentielle, puis comment Ă©tudier la Paracha de maniĂšre vivante et progressive.
Mais aprĂšs lâĂ©tude vient une Ă©tape extrĂȘmement importante :
la transmission đïž
AprĂšs une bonne semaine dâĂ©tude, le vĂ©ritable accomplissement arrive souvent lorsque nous devons transmettre ce que nous avons appris :
- Ă des amis,
- à des élÚves,
- en famille,
- ou Ă la table de Chabbat.
Et câest justement lĂ que beaucoup de personnes se sentent perdues.
Comment préparer un Dvar Torah intéressant ?
Comment parler sans ennuyer ?
Comment trouver une belle idée ?
Comment la construire pour quâelle touche vraiment ceux qui nous Ă©coutent ?
Essayons ensemble de répondre à ces questions.
La premiĂšre chose : se mettre Ă la place du public đ„
Lorsque nous préparons un Dvar Torah, nous faisons souvent une erreur.
Nous pensons dâabord Ă :
- ce que nous voulons dire,
- ce qui nous impressionne,
- ou ce qui nous semble profond.
Mais avant toute chose, il faut penser Ă lâauditeur.
En général, les personnes présentes veulent nous faire plaisir. Elles veulent nous écouter et nous encourager.
Mais elles veulent aussi passer un bon moment.
Notre objectif doit donc ĂȘtre de transmettre :
- un enseignement enrichissant,
- original,
- profond,
- mais surtout agréable à entendre.
Ă qui sâadresse votre Dvar Torah ? đšâđ©âđ§âđŠ
Avant de préparer un Dvar Torah, il faut absolument se poser une question simple :
Qui va mâĂ©couter ?
On ne parle pas de la mĂȘme maniĂšre Ă des adultes, Ă des dĂ©butants, Ă des personnes avancĂ©es ou Ă des enfants.
Si le public est composĂ© dâadultes dĂ©jĂ habituĂ©s Ă lâĂ©tude, on pourra proposer une question plus fine, une rĂ©ponse plus construite et une rĂ©flexion plus approfondie.
Si le public est composĂ© de dĂ©butants, il faudra expliquer davantage le contexte, mais sans alourdir inutilement lâintroduction.
Mais si le public est composĂ© dâenfants, la mĂ©thode doit ĂȘtre trĂšs diffĂ©rente.
Un enfant nâĂ©coute pas comme un adulte.
Avec des enfants, il faudra mettre davantage de rĂ©guech, de chaleur et de vie. Il faudra insister beaucoup plus sur lâhistoire, sur les images, sur les Ă©motions, et beaucoup moins sur la question et la rĂ©ponse.
Câest pourquoi nous encourageons vivement les papas et les mamans Ă prĂ©parer des histoires de Torah Ă raconter Ă leurs enfants Ă la table de Chabbat.
Câest essentiel.
Une belle histoire racontée avec douceur peut parfois marquer un enfant pour toute sa vie.
Si le public est mixte â adultes et enfants â on pourra construire le Dvar Torah de façon Ă©quilibrĂ©e :
- la question, la réponse et la conclusion parleront davantage aux adultes ;
- lâhistoire, elle, parlera aux enfants.
Et il ne faut pas croire que seuls les enfants aiment les histoires.
Les adultes aussi aiment écouter une belle histoire racontée avec simplicité et émotion.
Bien entendu, il faudra faire trĂšs attention Ă ne jamais effrayer les enfants.
Un Dvar Torah Ă la table de Chabbat ne doit jamais devenir un moment de tension, de peur ou de traumatisme.
Au contraire.
Il doit ĂȘtre un moment agrĂ©able, chaleureux, lumineux, qui donne envie aux enfants dâaimer la Torah et dâattendre avec joie la prochaine parole de Torah.
Une idĂ©e simple⊠mais pas simpliste âš
LâidĂ©e choisie doit ĂȘtre simple.
Attention : simple ne veut pas dire vide ou sans profondeur.
Cela signifie quâelle doit ĂȘtre :
- claire,
- fluide,
- facile Ă suivre,
- et compréhensible par le public.
Un Dvar Torah trop abstrait ou trop compliquĂ© fatigue rapidement lâassemblĂ©e.
TrĂšs souvent, une idĂ©e courte mais bien expliquĂ©e marquera beaucoup plus quâun dĂ©veloppement extrĂȘmement complexe.
La structure idĂ©ale dâun Dvar Torah đïž
En général, un bon Dvar Torah peut se construire autour de cinq éléments :
- Une courte introduction
- Une question
- Une réponse
- Une histoire ou une anecdote
- Une morale ou un message pratique
Bien entendu, lâordre peut parfois changer.
Parfois lâhistoire vient avant la rĂ©ponse.
Parfois aprĂšs.
Tout dépend du sujet.
Lâintroduction : aller Ă lâessentiel đŻ
Lâintroduction doit ĂȘtre courte.
TrĂšs courte.
Bien entendu, tout dépend du public.
Si nous parlons devant des personnes déjà avancées, inutile de refaire de longues introductions historiques.
Si nous parlons devant des débutants, nous devons simplement leur donner les informations nécessaires pour comprendre le sujet.
Pas davantage.
Le danger des longues introductions est immense :
avant mĂȘme dâavoir commencé⊠nous avons dĂ©jĂ perdu lâattention du public.
La question : le cĆur du Dvar Torah â
La question doit elle aussi ĂȘtre :
- claire,
- précise,
- et relativement courte.
NâhĂ©sitez pas Ă vĂ©rifier que le public a bien compris la question.
Parfois, une personne veut immĂ©diatement rĂ©pondre. Dans ce cas, il peut ĂȘtre bon de lui demander dâattendre encore un instant et de se concentrer dâabord pleinement sur la difficultĂ©.
Car si le public apprécie réellement la question⊠il appréciera beaucoup plus la réponse.
Attention Ă lâĂ©quilibre âïž
Il existe une erreur fréquente.
Parfois, on pose une question extraordinaire, impressionnante, presque spectaculaireâŠ
⊠mais la rĂ©ponse nâest finalement pas du tout au niveau de la question.
Le public reste alors un peu déçu.
Et parfois, câest lâinverse :
nous possĂ©dons un enseignement magnifique, mais nous lâavons mal introduit.
Il ne produit donc presque aucun effet.
Il faut réussir à équilibrer :
- la question,
- la réponse,
- et la maniÚre de les présenter.
La rĂ©ponse doit ĂȘtre :
- vraie,
- vérifiée,
- solide,
- et surtout répondre réellement à la question posée.
Lâhistoire ou lâanecdote đđ
Lâanecdote est extrĂȘmement importante.
TrÚs souvent, le public oubliera une grande partie du développement⊠mais retiendra :
- votre sourire,
- et votre anecdote.
Lâhistoire ne doit pas forcĂ©ment ĂȘtre celle dâun grand Rav.
Un vĂ©cu personnel peut parfois ĂȘtre encore plus fort.
Sâil est bien racontĂ©, bien prĂ©sentĂ© et bien intĂ©grĂ© au sujet, il peut toucher Ă©normĂ©ment les gens.
Lâanecdote permet :
- de dĂ©tendre lâatmosphĂšre,
- de renforcer la morale,
- de faire sourire,
- et surtout de marquer les esprits.
Le vĂ©ritable trĂ©sor : lâhistoire đâš
Sâil fallait retenir une seule chose, ce serait probablement celle-ci :
Ne sous-estimez jamais la puissance dâune bonne histoire.
TrĂšs souvent, lâhistoire constitue la pierre angulaire du Dvar Torah.
Tous les messages du monde passent plus facilement lorsquâils sont accompagnĂ©s dâune anecdote captivante.
Une histoire permet :
- de faire sourire,
- dâĂ©mouvoir,
- de maintenir lâattention,
- de rendre une idée concrÚte,
- et surtout de la rendre mémorable.
Lâhistoire est tellement importante que, mĂȘme si le dĂ©but ou la fin de votre Dvar Torah est un peu confus, mĂȘme si votre question nâĂ©tait pas parfaitement claire ou si votre conclusion aurait pu ĂȘtre mieux formulĂ©e, le public vous pardonnera presque tout si lâhistoire Ă©tait bonne et bien racontĂ©e.
Pourquoi ?
Parce quâune bonne histoire parle directement au cĆur.
Elle crée une image, une émotion, un souvenir.
Et souvent, câest prĂ©cisĂ©ment cette image qui restera dans lâesprit des auditeurs longtemps aprĂšs que les dĂ©tails du dĂ©veloppement auront Ă©tĂ© oubliĂ©s.
Nâoubliez jamais que dans bien des cas, le public oubliera une partie du raisonnement⊠mais se souviendra encore longtemps de lâhistoire.
La morale : attention Ă ne pas Ă©craser le public đ±
Lorsque nous arrivons Ă la morale ou Ă lâapplication pratique, il faut faire trĂšs attention.
Ne soyons pas :
- trop moralisateurs,
- trop angoissants,
- trop agressifs,
- ni trop culpabilisants.
Le but dâun Dvar Torah nâest pas de matraquer lâassemblĂ©e.
Le but est dâĂ©lever, dâinspirer et de donner envie dâavancer.
Le plus grand dĂ©fi : garder lâattention du public đ
Câest probablement la chose la plus difficile.
Si vous rĂ©ussissez Ă capter lâattention du public, alors vous avez dĂ©jĂ gagnĂ© une grande partie du travail.
Pour cela, il faut faire attention à certains détails trÚs importants.
Par exemple, certaines expressions sont dangereuses.
Dire :
âNous allons maintenant dĂ©velopperâŠâ
⊠peut parfois effrayer inconsciemment le public.
Cette phrase donne lâimpression :
âPrĂ©parez-vous⊠cela va ĂȘtre long.â
Et immĂ©diatement, lâattention commence Ă retomber.
De la mĂȘme maniĂšre, les introductions longues et compliquĂ©es font souvent perdre lâassemblĂ©e avant mĂȘme que le Dvar Torah ait rĂ©ellement commencĂ©.
Faire vivre son Dvar Torah đïž
Il faut :
- sourire,
- regarder le public,
- balayer la salle du regard,
- créer un lien vivant avec les personnes présentes.
NâhĂ©sitez pas Ă dire :
- âComme toi, tu me lâavais racontĂ©âŠâ
- âTu te rappelles ce que nous avions vĂ©cuâŠâ
- âComme nous lâavons dĂ©jĂ vu ensembleâŠâ
Le public se sent alors intégré au récit.
Et lorsquâun public se sent concerné⊠il Ă©coute beaucoup plus attentivement.
Ne pas jouer un personnage đ
Dernier conseil trĂšs important :
Ne dites pas des choses qui sont totalement éloignées de votre personnalité ou de votre niveau.
Si lâidĂ©e dĂ©veloppĂ©e est trĂšs Ă©levĂ©e, prĂ©sentez-la comme un objectif Ă atteindre, une direction, un idĂ©al.
Le public ressent trĂšs vite lorsquâune personne parle avec sincĂ©rité⊠ou lorsquâelle joue un rĂŽle.
Et finalement⊠combien de temps doit durer un Dvar Torah ? âł
Voici probablement la question la plus difficileâŠ
Et pourtant la réponse est simple :
Entre 7 et 10 minutes maximum.
Le public ne peut généralement pas supporter davantage.
Mieux vaut un Dvar Torah court, vivant et agrĂ©able⊠quâun long discours que personne nâĂ©coutera jusquâau bout.
OĂč trouver une idĂ©e de Dvar Torah ? đđ
Maintenant que nous avons vu comment construire un Dvar Torah, une autre question se pose :
OĂč trouver les idĂ©es ?
Avant tout, il faut savoir de quels outils nous disposons.
Il est vrai que nous ne sommes pas toujours de grands adeptes dâune Ă©tude basĂ©e principalement sur Internet. Toutefois, il faut reconnaĂźtre quâen voyage, en voiture ou pendant un trajet, Ă©couter un cours de Torah peut ĂȘtre extrĂȘmement profitable.
Les confĂ©rences et les cours audio constituent souvent une excellente source dâinspiration.
Un Rav peut dĂ©velopper plusieurs idĂ©es durant son cours. Il suffit parfois dâen saisir une seule pour construire tout un Dvar Torah.
Mais attention à un piÚge trÚs fréquent.
Lorsque nous entendons une idĂ©e bien racontĂ©e, avec un bon ton, un sourire, une belle anecdote et un excellent rythme, nous sommes parfois tentĂ©s de la rĂ©pĂ©ter exactement de la mĂȘme maniĂšre.
Or, nous ne possĂ©dons pas tous le mĂȘme talent dâorateur.
Ce qui a parfaitement fonctionnĂ© dans la bouche dâun confĂ©rencier expĂ©rimentĂ© ne produira pas forcĂ©ment le mĂȘme effet dans la nĂŽtre.
Parfois mĂȘme, ce qui nous avait semblĂ© trĂšs drĂŽle ou trĂšs marquant tombe complĂštement Ă plat.
Le bon rĂ©flexe consiste donc Ă prendre lâidĂ©e, Ă la comprendre, Ă la digĂ©rer, puis Ă la reformuler avec ses propres mots.
Les livres : une source inĂ©puisable đ
La deuxiĂšme grande source dâidĂ©es reste bien Ă©videmment les livres.
Je ne prĂ©tends pas que tous les livres disent la mĂȘme chose.
Mais il est vrai que chaque Paracha possÚde plusieurs grands thÚmes qui reviennent réguliÚrement.
Chaque auteur les développera avec :
- sa sensibilité,
- son expérience,
- ses exemples,
- ses histoires,
- et sa façon particuliÚre de présenter les choses.
Ainsi, en consultant plusieurs ouvrages, on dĂ©couvre souvent diffĂ©rentes approches dâun mĂȘme sujet.
Comment prĂ©parer ses notes ? đ
Chaque personne possÚde sa propre méthode.
Certains prĂ©fĂšrent apprendre leur Dvar Torah par cĆur.
Dâautres Ă©crivent lâintĂ©gralitĂ© de leur intervention.
Dâautres encore prĂ©parent simplement quelques repĂšres ou quelques titres de chapitres.
Toutes ces méthodes peuvent fonctionner.
Mais il existe un principe qui reste essentiel :
La fluidité.
Lorsque lâorateur passe son temps Ă regarder ses feuilles, Ă chercher ses idĂ©es ou Ă retrouver le fil de son raisonnement, le public perd rapidement sa concentration.
Le regard se détourne.
Lâattention sâaffaiblit.
Le rythme disparaĂźt.
Câest pourquoi il est gĂ©nĂ©ralement prĂ©fĂ©rable de connaĂźtre suffisamment son sujet pour pouvoir parler naturellement.
Ce que lâon peut lire⊠et ce quâil vaut mieux Ă©viter đ
Bien entendu, certaines choses peuvent ĂȘtre lues.
Par exemple :
- un verset précis,
- une parole de nos Sages,
- une citation exacte,
- une formulation particuliĂšrement importante.
Dans ces cas-là , la lecture est parfaitement légitime.
En revanche, lire tout son Dvar Torah du début à la fin est rarement une bonne idée.
La transmission de la Torah est avant tout une rencontre entre celui qui parle et ceux qui lâĂ©coutent.
Plus cette rencontre est vivante, plus le message a de chances de toucher les cĆurs.
Comment vĂ©rifier quâune histoire est authentique ? đ
La question revient souvent :
Peut-on raconter nâimporte quelle histoire ?
Comment savoir si elle est vraie ?
Si lâhistoire est un vĂ©cu personnel, il nây a gĂ©nĂ©ralement pas lieu de sâinquiĂ©ter de sa vĂ©racitĂ© puisque nous en sommes nous-mĂȘmes les acteurs ou les tĂ©moins directs.
Si lâhistoire provient dâun cours ou dâun confĂ©rencier, il est souvent prĂ©fĂ©rable de prĂ©ciser simplement :
âJâai entendu cette histoire de tel Ravâ ou âJâai entendu ce rĂ©cit dans un cours.â
Concernant les livres, les sources sont généralement fiables.
Bien entendu, il arrive parfois que certains dĂ©tails changent lĂ©gĂšrement dâun ouvrage Ă lâautre.
Mais dans la majoritĂ© des cas, ce nâest pas trĂšs grave.
Ce qui compte avant tout, câest le fond du message et lâenseignement que lâhistoire vient transmettre.
En revanche, lorsquâon rencontre deux versions trĂšs diffĂ©rentes dâun mĂȘme rĂ©cit, avec des Ă©lĂ©ments qui se contredisent rĂ©ellement, il convient alors dâĂȘtre plus prudent et de vĂ©rifier davantage avant de raconter lâhistoire publiquement.
Faut-il prĂ©parer plusieurs idĂ©es ou une seule ? đŻ
Pour un débutant, je recommande trÚs clairement :
Une seule idée.
Beaucoup de personnes pensent quâelles vont impressionner leur public en apportant trois, quatre ou cinq idĂ©es diffĂ©rentes.
En rĂ©alitĂ©, elles obtiennent souvent lâeffet inverse.
Le public finit par mélanger les notions.
Les messages se brouillent.
La conclusion devient moins claire.
TrĂšs souvent, une seule idĂ©e bien construite, bien racontĂ©e et bien dĂ©veloppĂ©e aura beaucoup plus dâimpact que plusieurs idĂ©es prĂ©sentĂ©es rapidement.
Lâobjectif nâest pas de montrer tout ce que lâon sait.
Lâobjectif est de transmettre un message.
Que faire si le public nâĂ©coute pas ou si quelquâun interrompt ? đ
Câest une situation que tous les orateurs rencontrent un jour ou lâautre.
Parfois, les conversations continuent.
Parfois, lâattention baisse.
Parfois encore, quelquâun interrompt ou dĂ©tourne involontairement lâattention du groupe.
Dans ces situations, jâai souvent utilisĂ© une mĂ©thode trĂšs simple :
Passer directement Ă lâhistoire.
Si les personnes prĂ©sentes nâont pas suivi le dĂ©but du dĂ©veloppement, elles ne vont gĂ©nĂ©ralement pas se demander quel Ă©tait exactement le lien avec ce qui prĂ©cĂšde.
En revanche, une bonne histoire capte immĂ©diatement lâattention.
Elle crée un silence.
Elle rĂ©veille lâintĂ©rĂȘt.
Elle redonne envie dâĂ©couter.
Jâai utilisĂ© cette mĂ©thode des dizaines de fois et elle fonctionne remarquablement bien.
Le but nâest Ă©videmment pas de tromper le public.
Le but est de réussir à transmettre malgré tout au moins un message, une idée ou une émotion qui restera dans les esprits.
Et trĂšs souvent, lâhistoire permet justement dây parvenir.
Il existe Ă©galement un petit âtrucâ dâorateur trĂšs efficace.
Si le public nâĂ©coute plus, ne cherchez pas forcĂ©ment Ă parler plus fort.
Au contraire.
Baissez légÚrement le ton.
Ralentissez.
Puis dites dâune voix plus douce, presque confidentielle :
âEt maintenant⊠je vais vous raconter une histoire.â
TrĂšs souvent, ce simple changement de rythme et de ton capte immĂ©diatement lâattention.
Le public sent quâil se passe quelque chose de diffĂ©rent.
Les conversations sâapaisent.
Les regards reviennent vers vous.
Et lâhistoire peut alors commencer Ă produire son effet.
Questions frĂ©quentes â
Peut-on raconter plusieurs histoires dans un mĂȘme Dvar Torah ?
Bien entendu.
Toutefois, si vous devez animer tout un Chabbat, il faut savoir gérer ses munitions.
Si dÚs le vendredi soir vous racontez toutes vos meilleures histoires et développez toutes vos meilleures idées, que vous restera-t-il pour le repas de Chabbat midi ?
Il est souvent préférable de conserver quelques cartouches pour les autres moments du Chabbat.
Est-il préférable de raconter une histoire personnelle ou une histoire de grands Rabbanim ?
Les deux ont leur charme.
Les histoires des grands Rabbanim nous inspirent et nous élÚvent.
Mais les histoires personnelles possÚdent un avantage extraordinaire : elles permettent de partager des sentiments, des détails vécus et des émotions authentiques.
Les gens demandent souvent :
âOĂč trouver de bonnes histoires ?â
En rĂ©alitĂ©, beaucoup nâont quâĂ puiser dans leur propre vĂ©cu.
Ils dĂ©couvriront quâils possĂšdent dĂ©jĂ une multitude dâanecdotes intĂ©ressantes et parfois trĂšs enrichissantes Ă partager.
Peut-on lire entiĂšrement son Dvar Torah sur une feuille ?
Je le déconseille fortement.
La lecture permanente dâune feuille casse le rythme, diminue le contact avec le public et disperse lâattention.
Le public sent immĂ©diatement la diffĂ©rence entre quelquâun qui lit et quelquâun qui parle.
Les seules choses quâil est gĂ©nĂ©ralement permis de lire sont :
- un verset,
- une citation précise,
- une parole de nos Sages,
- ou une formulation que lâon souhaite rapporter exactement.
Que faire si lâon oublie une partie de son intervention ?
Pas de panique.
Respirez profondément.
Souriez.
Le public est beaucoup plus indulgent quâon ne lâimagine.
Il est souvent prĂ©fĂ©rable de reconnaĂźtre simplement que lâon a perdu le fil plutĂŽt que de paniquer.
Et si nĂ©cessaire, passez directement Ă lâhistoire.
TrĂšs souvent, cela suffit pour relancer immĂ©diatement lâattention de lâassemblĂ©e.
Est-ce grave dâĂȘtre timide ?
La timiditĂ© peut effectivement reprĂ©senter un obstacle lorsquâil faut parler devant des inconnus.
Mais dans la majorité des cas, le Dvar Torah est présenté devant la famille ou des amis.
Dans ce contexte, la timiditĂ© devient beaucoup moins gĂȘnante.
Et il faut savoir une chose rassurante :
Une grande partie des excellents conférenciers sont en réalité des personnes naturellement timides.
Simplement, le public ne le sait pas.
Peut-on faire un Dvar Torah sans raconter dâhistoire ?
Bien entendu.
Le modĂšle proposĂ© dans cet article nâest quâune mĂ©thode parmi dâautres.
Cependant, ne sous-estimez jamais la force dâune histoire.
Vous dĂ©couvrirez avec lâexpĂ©rience quâelle possĂšde quelque chose de presque magique.
Une bonne histoire permet souvent de transmettre un message avec beaucoup plus de force quâun long dĂ©veloppement thĂ©orique.
Faut-il faire participer le public ?
Bien sûr.
Lorsque lâattention commence Ă diminuer, il peut ĂȘtre trĂšs utile de solliciter lâavis du public.
Chacun aime donner son opinion ou proposer une réponse.
Toutefois, il faut savoir encadrer ces interventions.
Le but est de faire participer lâassemblĂ©e, pas dâouvrir un dĂ©bat interminable qui ferait perdre le fil du Dvar Torah.
Que faire lorsquâon ne trouve aucune idĂ©e intĂ©ressante dans la Paracha de la semaine ?
Pour ĂȘtre honnĂȘte, je connais assez peu ce problĂšme.
Chaque Paracha contient une quantitĂ© impressionnante dâidĂ©es, de questions, dâenseignements et de sujets passionnants.
Si malgrĂ© tout lâinspiration ne vient pas, relisez la Paracha.
Puis relisez-la encore.
Et si lâidĂ©e tarde toujours Ă apparaĂźtre, racontez simplement une histoire.
Comme nous lâavons dĂ©jĂ expliquĂ©, cette histoire peut ĂȘtre personnelle.
Un souvenir, une anecdote ou un événement vécu peuvent parfaitement servir de point de départ.
Il ne restera alors quâĂ en dĂ©gager une morale ou un enseignement pratique.
Conclusion đ
Préparer un Dvar Torah ne consiste pas seulement à transmettre des informations.
Il sâagit avant tout de :
- transmettre une émotion,
- faire aimer la Torah,
- éveiller une réflexion,
- et créer un moment vivant autour de la table de Chabbat.
Parfois, une seule phrase dite avec sincĂ©ritĂ© peut rester gravĂ©e pendant des annĂ©es dans le cĆur dâune personne.
Et câest justement cela, la beautĂ© de la transmission de la Torah.
Cet article a été rédigé par Eliaou Hassan. En savoir plus sur l'auteur
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