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Entre principes et valeurs

Entre principes et valeurs

Entre principes et valeurs

 

« La parnassa, c'est important ! Surtout aujourd'hui. La vie est chère. Et puis, une occasion pareille ne se représentera peut-être jamais. Après tout, si ce n'est pas moi qui accepte, quelqu'un d'autre le fera à ma place. Il faut aussi savoir se créer des relations. Avoir des amis influents, c'est toujours utile. Les principes ? Les principes... toujours les principes ! Bien sûr qu'ils sont importants. Mais enfin, il faut aussi savoir être réaliste. Et puis, qui peut prétendre respecter tous ses principes à la perfection ? Comme je vous l'ai dit, si ce n'est pas moi, ce sera quelqu'un d'autre. À première vue, son raisonnement semble même difficile à contester. »

 

Après tout, il ne s'agissait pas de trahir son peuple sur un champ de bataille. On lui offrait simplement une occasion unique d'améliorer sa situation. Et puis, comme il se le répétait probablement à lui-même : si ce n'est pas moi, quelqu'un d'autre le fera.

 

Combien d'entre nous auraient eu la force de répondre non ?

Ce sont probablement les pensées qui traversèrent l'esprit de… Yossef Mechita lorsqu'on vint frapper à sa porte.

 

Nous sommes à l'une des heures les plus sombres de notre histoire. Jérusalem est tombée.

Les légions romaines se préparent à pénétrer dans le Beth Hamikdach. Mais un phénomène étrange se produit : les soldats refusent d'entrer les premiers. Une peur inexplicable les saisit devant ce lieu qu'ils s'apprêtent pourtant à profaner. Ils cherchent alors un volontaire. Un Juif ! Un homme prêt à franchir le seuil avant eux. La récompense est considérable.

« Entre, lui disent-ils. Tout ce que tu prendras lors de ta première sortie t'appartiendra. » Une fortune en quelques minutes, une occasion unique. Une occasion qui ne se représentera sans doute jamais.

Alors Yossef Mechita réfléchit... Et il prend sa décision et finit par accepter. Il mettra derrière lui les valeurs les plus fondamentales. Il s'alliera à l'ennemi, faisant honte à son peuple, à son héritage et à son D.ieu. Mais après tout, que valent les valeurs lorsqu'une fortune entière se trouve à portée de main ?

 

Malheureusement, aujourd’hui encore, nous voyons cela tous les jours. Combien d’hommes ont été prêts, pour une poignée de dollars, à transmettre des renseignements à nos ennemis, à vendre des armes à des terroristes ou à collaborer avec les pires criminels ? Plus de valeurs. Plus de limites. Tout est jeté à la poubelle. L’argent a parlé. Mais qui pourrait bien défendre de tels hommes ? Peut-être justement ceux qui, à leur niveau, connaissent le même combat intérieur. Bien sûr, ils ne vendent ni armes ni secrets à l’ennemi. Ils ne trahissent pas un peuple pour une fortune. Mais eux aussi, parfois, ferment les yeux sur de grandes valeurs pour un profit bien plus modeste. Un avantage. Une affaire. Une économie. Un petit honneur. Et soudain, ce qui semblait non négociable devient discutable. Alors, est-ce vraiment si différent ? Et surtout, est-ce vraiment justifiable ? À vous d’en débattre.

Donc les principes, c'est important !

Vraiment important ?

Un deuxième récit rapporté par nos Sages dans le Talmud vient nous éclairer.

Tout le monde connaît la fameuse histoire de Kamtsa et Bar Kamtsa.

(Nous vous invitons à venir la decouvir avec plus de detail ici :                  

https://laparacha.com/blog/chmirat-halachon-quand-les-mots-construisent-ou-detruisent

Un homme organise un grand festin et demande à son serviteur d'inviter son ami Kamtsa. Mais le serviteur se trompe et invite Bar Kamtsa, son ennemi. Lorsque l'hôte le découvre, il l'humilie publiquement et le chasse du repas malgré ses supplications. Aucun des Sages présents ne proteste.

Blessé dans son orgueil, Bar Kamtsa décide alors de se venger. Il se rend auprès des autorités romaines, accuse les Juifs de rébellion et déclenche une série d'événements dramatiques qui mèneront finalement à la destruction du Beth Hamikdach.

On imagine la colère de cet homme. Se faire jeter comme un malpropre devant tout le monde. Être humilié publiquement. Voir des dizaines de personnes assister à la scène sans qu'aucune ne réagisse.

Sans hésiter, il va faire le pire. Dénoncer ses frères. Les accuser des pires méfaits auprès du César.

Provoquer le siège de Jérusalem et la destruction du Temple.

Mais qu'est-ce qui l'a poussé à agir ainsi ?

Les principes !

Comment ? Moi ? On va m'humilier en public ? On va piétiner ma dignité devant tout le monde ? On va faire honte à un Juif et personne ne réagira ?

Par principe, il faut se battre. Par principe, on ne peut pas laisser passer une telle humiliation.

Il aurait pourtant pu se dire : « Ils se sont mal comportés. Ils ont eu tort. Mais je vais baisser la tête. Je vais laisser passer la tempête. Je ne vais pas entraîner tout un peuple dans ma blessure personnelle. »

Mais non ! Bar Kamtsa choisit une autre voie. Je vais me battre pour mes principes. Après tout, le respect est une valeur. La dignité est une valeur. Refuser l'humiliation est une valeur.

Alors avait-il raison de défendre ses principes ?

Après tout, quelques lignes plus haut, nous avons reproché à Yossef Mechita d'avoir abandonné les siens.

Pourquoi l'un serait-il coupable d'avoir renoncé à ses principes et l'autre coupable de les avoir défendus ?

La réponse se trouve peut-être dans une distinction fondamentale. Les valeurs sont les grandes vérités qui doivent guider notre existence : Aimer son prochain, rechercher la paix, respecter la Torah, honorer les Sages, craindre D.ieu, respecter Ses commandements.

Ces valeurs-là méritent d'être défendues coûte que coûte.

Les principes, en revanche, sont souvent d'une autre nature.

Ils prennent parfois racine dans notre orgueil, notre susceptibilité, notre paresse ou nos mauvais traits de caractère.

« Puisqu'il m'a manqué de respect, je ne lui adresserai plus jamais la parole. »

« Puisqu'il ne pense pas comme moi, je vais lui rendre la vie difficile. »

« Puisqu'il m'a blessé, tout est permis. »

Au nom de ces prétendus principes, des familles se déchirent, des amis se séparent, des communautés se divisent.

Bar Kamtsa a détruit Jérusalem au nom d'un principe.

Yossef Mechita a trahi ses valeurs pour de l'argent.

Et c'est là toute la différence !

Car lorsqu'il s'agit de défendre nos principes personnels, nous sommes souvent prêts à déplacer des montagnes. En revanche, lorsqu'il faut défendre nos véritables valeurs, nous devenons soudainement beaucoup plus souples.

Une finale du PSG tombe un Chabbat ? Certains trouveront immédiatement toutes les raisons du monde pour mettre le Chabbat entre parenthèses quelques heures.

Au nom de la parnassa, certains mentent. Au nom de la réussite, certains trompent. Au nom de l'argent, certains ferment les yeux sur l'honnêteté. Les valeurs deviennent alors étonnamment négociables.

Les Trois Semaines nous invitent précisément à réfléchir aux causes de la destruction du Beth Hamikdach.

Nous sommes parfois inflexibles là où nous devrions être souples, et souples là où nous devrions être inflexibles.

Alors devenons de véritables défenseurs de nos valeurs. Défendons la paix plutôt que notre orgueil.

Défendons le respect plutôt que notre susceptibilité. Défendons l'amour du prochain plutôt que notre besoin d'avoir raison. Et abandonnons ces faux principes qui détruisent nos relations, nos familles et nos communautés.

Car ce ne sont pas les principes qui ont bâti le peuple juif. Ce sont ses valeurs.

 

P.S. : Rapportons tout de même la fin de l'histoire de Yossef Mechita. Lorsqu'il sortit du Beth Hamikdach, il emporta la Ménora d'or. Les Romains lui annoncèrent alors qu'un tel trésor n'était pas destiné à un homme ordinaire mais à un roi. Ils lui proposèrent donc de rentrer une seconde fois dans le Temple et de choisir un autre objet. Mais cette fois-ci, Yossef Mechita refusa. « Ne suffit-il pas que j'aie mis mon Créateur en colère une fois ? Faudrait-il encore que je recommence ? » Les Romains tentèrent de le convaincre. Ils lui promirent des richesses. Ils lui promirent des privilèges. Ils lui promirent même une exemption d'impôts pour le reste de sa vie. Mais rien n'y fit. Cette fois-ci, ses véritables valeurs avaient repris le dessus. Finalement, ils le torturèrent et le mirent à mort.

Et une voix céleste proclama : « Yossef Mechita est invité à entrer dans le Monde futur. » L'homme qui avait trébuché finit par retrouver ses valeurs et sanctifia le Nom de D.ieu jusqu'à son dernier souffle.

 

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