đ§ đâš Pourquoi lire rend plus intelligent, et pourquoi les Ă©crans nous fatiguent autant ? âšđđ§
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đ± Nous vivons dans une Ă©poque oĂč les Ă©crans ont envahi presque tous les espaces de notre vie. TĂ©lĂ©phones, tablettes, vidĂ©os courtes, rĂ©seaux sociaux, notifications, images rapides, contenus sans fin⊠Beaucoup pensent se dĂ©tendre devant un Ă©cran, mais ressentent souvent, aprĂšs un long moment, une fatigue Ă©trange : agitation, vide intĂ©rieur, difficultĂ© Ă se concentrer, impatience, nervositĂ©.
⥠La raison est simple : notre cerveau nâa pas Ă©tĂ© conçu pour recevoir un flux permanent de stimulations rapides. Chaque image, chaque son, chaque changement de scĂšne, chaque notification rĂ©clame son attention. MĂȘme lorsque nous avons lâimpression de nous reposer, notre esprit est sollicitĂ© sans arrĂȘt. Il consomme, rĂ©agit, passe dâun sujet Ă lâautre, mais ne se pose presque jamais.
đ„ Les vidĂ©os courtes aggravent encore ce phĂ©nomĂšne. Elles habituent le cerveau Ă recevoir immĂ©diatement une stimulation, Ă changer sans cesse de sujet, Ă obtenir rapidement une Ă©motion, une surprise, un rire, une tension, puis Ă passer aussitĂŽt Ă autre chose. Peu Ă peu, lâattention se fragmente. Il devient plus difficile de lire longtemps, dâĂ©couter un cours construit, de rĂ©flĂ©chir en profondeur ou de supporter un effort intellectuel prolongĂ©.
đ Or les grandes idĂ©es ne se reçoivent pas toujours en quelques secondes. Une idĂ©e de Torah, une rĂ©flexion morale, une vĂ©ritĂ© profonde mĂ©ritent dâĂȘtre dĂ©veloppĂ©es, expliquĂ©es, nuancĂ©es. Les rĂ©duire Ă quelques secondes, câest souvent les appauvrir. La pensĂ©e profonde demande du temps, du silence, de la patience et une certaine disponibilitĂ© intĂ©rieure.
âš Comme nous lâavons Ă©voquĂ© dans lâarticle prĂ©cĂ©dent, nos sages enseignent : « ŚŚŚŚȘŚŚŚȘ ŚŚŚŚŚŚŚȘ » â « Les lettres rendent sage. » Cette idĂ©e est dâune profondeur extraordinaire. Lire nâest pas une activitĂ© passive. Pour lire, le cerveau doit reconnaĂźtre les lettres, former les mots, comprendre les phrases, replacer les idĂ©es dans leur contexte, imaginer les scĂšnes, ressentir les Ă©motions, suivre un raisonnement et construire du sens. La lecture demande donc une vĂ©ritable participation de lâintelligence.
đ§ Câest aussi ce que montrent de nombreuses recherches modernes : la lecture profonde mobilise lâattention, la mĂ©moire, le langage, lâimagination et les capacitĂ©s dâanalyse. Elle favorise souvent une comprĂ©hension plus construite, car le lecteur ne reçoit pas tout dĂ©jĂ prĂ©parĂ©. Il doit participer intĂ©rieurement au texte. Il doit visualiser, relier, interprĂ©ter et rĂ©flĂ©chir. Câest peut-ĂȘtre pour cette raison quâune idĂ©e Ă©tudiĂ©e dans un livre, avec calme et concentration, sâancre souvent plus profondĂ©ment dans lâesprit quâune idĂ©e aperçue rapidement dans un flux numĂ©rique.
đș Les Ă©crans modernes fonctionnent souvent Ă lâinverse. Tout est dĂ©jĂ servi : lâimage, le rythme, lâambiance, les Ă©motions, les conclusions. Le spectateur nâa presque plus besoin dâimaginer. On pense pour lui, on ressent pour lui, on dĂ©cide du rythme pour lui. Ă force, le cerveau sâhabitue Ă recevoir sans effort. La pensĂ©e se simplifie, la concentration diminue et la rĂ©flexion profonde devient plus difficile.
đ¶ Le danger est encore plus grand chez les enfants. Les premiĂšres annĂ©es de la vie sont une pĂ©riode oĂč le cerveau se construit Ă une vitesse extraordinaire. Nous comprenons quâun enfant doit manger correctement, dormir suffisamment, prendre soin de son corps et mĂȘme se brosser les dents, car son avenir en dĂ©pend. Mais que dire du cerveau, qui est le moteur de toute son existence ? Si lâon habitue trĂšs tĂŽt un enfant Ă une consommation permanente dâĂ©crans rapides, passifs et bruyants, on risque de fragiliser prĂ©cisĂ©ment les capacitĂ©s dont il aura besoin toute sa vie : concentration, langage, imagination, patience, rĂ©flexion et maĂźtrise de soi.
â ïž Il existe aussi un autre danger, plus discret mais trĂšs profond : les Ă©crans ne se contentent plus de divertir les enfants, ils participent Ă leur Ă©ducation. Les parents sâefforcent de transmettre Ă leurs enfants un chemin quâils estiment bon, Ă partir de leur expĂ©rience, de leurs coutumes, de leur personnalitĂ©, de la personnalitĂ© de leurs enfants et mĂȘme de leurs moyens financiers. Une famille modeste, par exemple, nâencouragera pas naturellement ses enfants Ă rĂȘver dâun train de vie superflu ou de vacances hors de prix.
đ Mais les rĂ©seaux sociaux viennent prendre le relais. Ă travers les influenceurs, les youtubeurs, Instagram, TikTok et toutes sortes de contenus trĂšs attractifs, les enfants reçoivent dâautres critĂšres de vie, dâautres rĂȘves, dâautres modĂšles, dâautres fantasmes. On leur montre des images brillantes, des vies luxueuses, des comportements provocants, des rapports dĂ©formĂ©s Ă la pudeur, au bien, au mal, Ă la rĂ©ussite et au bonheur. Les parents peuvent se dĂ©battre pour transmettre des valeurs Ă©quilibrĂ©es, mais ils ne font pas toujours le poids face Ă cette machine dâimages, de musiques et dâĂ©motions rapides.
đ Le plus grave, câest que ces messages se contredisent souvent les uns les autres. Lâenfant reçoit tout Ă la fois : superficialitĂ©, provocation, luxe, victimisation, insolence, violence verbale, slogans contradictoires. Son esprit devient vite une sorte de mĂ©lange confus, une bouillabaisse dâidĂ©es, de dĂ©sirs et de modĂšles incompatibles.
đšâđ©âđ§ Beaucoup de parents, Ă©puisĂ©s par la vie quotidienne, voient aussi dans les Ă©crans une sorte de baby-sitter idĂ©ale. Lâenfant est captivĂ©, il reste silencieux, les parents peuvent respirer. Mais il faut se demander : pendant que lâenfant est âoccupĂ©â, qui lui parle ? Qui lui transmet des valeurs ? Qui façonne ses rĂȘves ? Qui construit son monde intĂ©rieur ?
đ Nos sages enseignent une idĂ©e trĂšs forte : demain, tu riras de ce qui tâa fait pleurer aujourdâhui, et demain, tu pleureras de ce qui tâa fait rire aujourdâhui. Les efforts Ă©ducatifs qui fatiguent maintenant apporteront plus tard une joie immense. Mais la facilitĂ© choisie aujourdâhui peut devenir demain une source de regret.
đĄïž Bien sĂ»r, il faut ĂȘtre rĂ©aliste. Les Ă©crans ont envahi nos vies, et il est difficile dâimaginer quâils disparaĂźtront complĂštement. Lâobjectif nâest pas de nier la rĂ©alitĂ©, mais de construire chez nos enfants un bouclier intĂ©rieur avant que les dangers nâarrivent avec toute leur force, souvent au dĂ©but de lâadolescence, vers 12 ou 13 ans, lorsque lâenfant cherche son identitĂ©, ses modĂšles et sa place dans le monde.
đ Si, plusieurs annĂ©es auparavant, on lui a appris Ă aimer la lecture comme une vĂ©ritable activitĂ©, non comme une punition scolaire, mais comme un plaisir, alors on lui a dĂ©jĂ donnĂ© un alliĂ© prĂ©cieux. Et si lâon ajoute Ă cela un instrument de musique, du sport, des sorties en pleine nature, des moments familiaux de qualitĂ© et lâĂ©tude de la Torah, on construit peu Ă peu autour de lui un vĂ©ritable bouclier. Aucun parent ne peut contrĂŽler parfaitement le monde extĂ©rieur, mais il peut aider son enfant Ă dĂ©velopper un monde intĂ©rieur riche, solide et profond.
đ Certains parents diront peut-ĂȘtre : « Câest trĂšs beau, mais mes enfants nâaiment pas lire. » La rĂ©ponse est simple : il faut parfois leur donner le goĂ»t de la lecture avant dâattendre quâils lâaient dĂ©jĂ . Lâun des meilleurs moyens est de sâasseoir avec eux et de leur lire des histoires. Ce moment devient alors un trĂ©sor dâenrichissement mutuel. Le parent lui-mĂȘme se remet Ă lire, Ă rĂ©flĂ©chir, Ă dĂ©couvrir. Et lâenfant reçoit, peu Ă peu, lâamour du rĂ©cit, la beautĂ© des mots, la patience de lâĂ©coute et le plaisir du livre.
âš Câest une rĂ©ussite dans les deux sens. Le parent grandit, lâenfant reçoit, et la maison sâĂ©lĂšve. Peu Ă peu, la lecture cesse dâĂȘtre une obligation scolaire pour devenir un moment chaleureux, vivant et prĂ©cieux.
đżđ Dans un monde qui pousse nos enfants vers la rapiditĂ©, lâimmĂ©diatetĂ© et la consommation passive, il nous appartient de leur offrir autre chose : des livres, des histoires, de la rĂ©flexion, du dialogue, de la Torah, de la musique, de lâeffort, de la nature et de vraies valeurs.
đĄâ€ïž Car un enfant ne se construit pas seulement avec ce quâon lui interdit. Il se construit surtout avec ce quâon lui donne Ă aimer.Â
Cet article a été rédigé par Eliaou Hassan. En savoir plus sur l'auteur
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